Il y a quelques semaines j’étais invité par mon école d’ingénieur l’ESIEE pour parler du métier d’ingénieur aux étudiants de première année  (sur un cycle de 5 ans). Le but était de parler des 5 ans qu’ils allaient passer à l’école, de donner certains conseils puis ensuite de parler du métier d’ingénieur une fois le diplôme en poche. L’exercice n’était pas forcément des plus simple ou je n’étais pas forcément le mieux placé n’ayant que peu fait de conception pour avoir un début de carrière professionnelle dans le process d’assemblage électronique et les systèmes d’information avant de créer la société de conseil en PLM, Prodeos en 2009.

Le virage vers plus (ou trop) de management

Comme beaucoup d’école, l’ESIEE a suivi un virage général des écoles d’ingénieurs vers plus de management. Cela doit surement être une demande exprimée par des grands groupes, cependant je suis loin de penser que ce soit la meilleure des choses (avis personnel). Résultat, moins d’heures d’enseignement technique, et plus d’heures d’enseignement du management. Mon problème c’est de comprendre comment on enseigne le management.  Je pense que la qualité d’un management vient de deux sources: la culture des pays ou régions (il y a des cultures qui encouragent le débat, le consensus, d’autres moins) et l’apprentissage industriel.

La culture

Une des caractéristiques des ingénieurs français est leur capacité à créer l’expérience  à tester des choses sans valider en amont l’exhaustivité des éléments à disposition qui leur permettront d’avoir une meilleure idée de l’issue de l’expérience  Cela avait été illustré par la fusion d’un groupe Franco-allemand (dès que je retrouve la vidéo, ou le nom de l’entreprise je mettrai à jour cet article), pendant laquelle, pour faire ressortir les différences complémentaires de part et d’autres du Rhin  ils avaient mis des 3 ingénieurs allemand d’un coté et 3 ingénieurs français de l’autre pour réaliser un exercice dans lequel chacun devait réaliser une tour avec des kapla, et le client venait en cours de réalisation pour demander des modifications. Dans le premier cas les allemands avait commencé par étudier tout les éléments qu’ils avaient en leur possession pour se lancer en connaissant les éléments d’entrée alors que les français se sont tout de suite lancé dans l’assemblage. Le but de l’expérience n’était pas de savoir qui allait faire la tour la plus haute tout en prenant en compte la modification du client, mais il était de comprendre les différences de travail entre les deux cultures. Les français avançaient plus sur la recherche de l’expérience alors que les allemands étaient plus dans la mesure et la préparation de leur réalisation.

L’apprentissage industriel

Cette seconde source me fait penser à l’enseignement du lean. Le lean est très lié à la base à un constat qui est de dire: « le monde n’est pas parfait ». Et à partir de là, on met en place des stratégie de tailles de lot, de flux tirés, de pluridisciplinarité des outillages afin d’être le plus flexible, le plus réactif et le moins créateur de rebuts. Dans le livre d’Eric Ries sur le Lean startup, il y a un exemple simple de l’enfant et de l’adulte à qui l’on donne 100 lettre à plier et à mettre sous enveloppe. L’enfant plie une lettre et la met sous pli et réitère 100 fois. L’adulte découpe les deux étapes et plis les 100 lettres avant de mettre les 100 sous plis. Et la, que se passe t’il si la première lettre pliée ne rentre pas dans l’enveloppe. L’enfant le verra dès a deuxième action et l’adulte en aura déjà 100 de plié à la mauvaise dimension. Cet enseignement est vital pour adapter nos ingénieurs diplômés à l’industrie. L’enseignement du PLM a un grand besoin d’expérience. Comme pour le lean, un des arguments du PLM est de réduire les risques, mieux gérer les modifications, les anomalies, les retours clients,… Il est donc important d’être sensible à ces risques par des exemples concrets avant de tenter de comprendre comment les résoudre.

Donc en conclusion, je dirai que dans ces temps où l’expérience industrielle est importante pour être opérationnel rapidement sur le marché du travail il serait bien pensé d’augmenter des enseignements basés sur des cas réels d’industrie et ne pas s’investir trop sur des cours de management qui auront du mal à être intégrer sans une expérience professionnelle en parallèle.

 

Posted by Yoann Maingon

Consultant PLM avec des expériences autant côté métier que dans l'implémentation technique de solutions PLM et d'intégrations de systèmes, je partage avec vous mes expériences, mes recherches et mes développements à travers ce blog.

  • Matthieu Chérier

    La volonté de l’école d’instaurer des cours de management mise à part, je pense que des études de cas d’entreprises doivent être pratiquées afin de vraiment sensibiliser l’élève aux problèmatiques du monde du travail, peu importe le secteur. Cela contribuera également à diminuer le gap parfois important qu’il y a entre le monde des études et le monde pro.